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    Améliorer la représentation de données sécuritaires complexes

    Présentation de géotraitements inspirés du journalisme spécialisé en data-visualisation dans les applications sécuritaires.

    Introduction

    Les conflits récents sont scrutés par de nombreux observateurs, tant au niveau de la captation de l’information que de son traitement minutieux. Les journalistes sont aux premières loges de ces changements méthodologiques de fond. Remontées terrain, communication de crise, articles et synthèses de fond, réseaux sociaux… La masse de données en source ouverte est un terreau fertile pour les analystes qui la recoupent afin d’éclairer et vérifier leurs thématiques sous différents angles.

    Sans nier la présence d’angles morts que le recoupement de sources ne permet pas toujours de dévoiler, tel que l’illustre la difficulté à obtenir des informations sur le conflit au Soudan (Kostika 2026), le caractère volumineux et technique de ces données s’oppose à la lecture limpide des situations (Figure 1). Il est donc nécessaire pour le SERTIT de développer des outils d’agrégation et de synthèse de sources fiables, afin de limiter les écueils du brouillage informationnel (Gayard 2022), tout en intégrant des éléments des avancées méthodologiques issues du data-journalisme.

    Figure 1. Représentation des points géolocalisés d’événements violents au Sahel en 2026.
    De nombreux points se superposent, étant localisés sur la même coordonnée (cartographie Cléa Péculier, source ACLED).

    Contexte

    Dans le cadre de ses activités dans la sécurité géospatiale, le SERTIT produit des rapports et des cartes décrivant les événements sécuritaires dans plusieurs zones de crise sur le globe. Aussi, le service recoupe naturellement plusieurs sources pour fiabiliser ses analyses, parmi lesquelles l’ONG Armed Conflict Location & Event Data (ACLED) est un acteur incontournable.

    Afin d’appuyer la réactivité des analystes chargés de leur mise en œuvre, le service s’est doté d’outils de traitement de cette donnée, valorisant les approches issues du data-journalisme. Ceux-ci couvrent le traitement brut, l’agrégation de données sur critères, l’adoption de data-model jusqu’à la représentation cartographique.

    Deux objectifs ont accompagné le développement de ces méthodes en particulier :

    • Offrir un rendu lisible et compréhensible, inspiré des productions de la presse, grâce aux compétences spécialisées en data-visualisation de l’ingénieure en charge de son développement.
    • Alléger la charge technique tout en préservant la marge de manœuvre de l’analyste en lui offrant un contrôle paramétrique fin, s’il le souhaite. A revers de plusieurs tendances actuelles, le service souhaite en effet garantir le caractère humain de l’analyse fournie.

    Méthodes

    L’un des besoins récurrents est l’analyse de la distribution des victimes d’événements violents et des acteurs impliqués, dans un cadre spatio-temporel donné. Les données mobilisées sont des tables géolocalisées complétées par ACLED, contenant des événements uniques en quantités pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers d’enregistrements.

    La première chaîne de traitement calcule par localité (l’unité de référence du géoréférencement de l’ONG) la somme des décès ayant eu lieu dans le cadre des événements avec violences (Figure 2). Ainsi, il est possible de fournir une primo-analyse sur les situations d’insécurité en analysant la localisation des zones d’exactions par rapport aux zones habitées, ainsi que leurs “hotspots”. De la même façon, ces mêmes résultats peuvent nous donner un indice sur l’axe d’effort d’un belligérant en analysant le nombre de victimes militaires dans un secteur clé dans le cadre d’une manœuvre.

    Figure 2. Géotraitement de synthèse des événements violents.

    La seconde chaîne de traitements se concentre sur l’emprise spatiale des différents acteurs ou groupes d’acteurs impliqués dans une situation sécuritaire (Figure 3). L’outil permet de déterminer de façon claire l’implication d’acteurs dans des événements violents ainsi que leur zone d’action. Tout en laissant le soin à l’analyste de sélectionner ses objets d’étude, l’outil est conçu pour prendre en compte la complexité des dynamiques des factions d’un conflit. En effet, ces acteurs peuvent se présenter sous différents états, en fonction de la période ou même de la zone :

    • en mutation, tel que la compagnie privée Wagner devenue Afrika Corps, unité du Ministère de la défense russe,
    • alliés d’un jour et ennemis d’un autre, tels que les groupes armés au Mali,
    • refondés ou changeant d’allégeance telles que les Forces armées syriennes pré- et post-changement de régime,
    • en scission, tels que le canal historique de Boko Haram (Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’adati wal-Jihad, JAS) et l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Islamic State West Africa Province, ISWAP) (Crisis Group 2024).
    Figure 3. Géotraitement de représentation des zones d’action des acteurs impliqués dans des événements violents.

    Résultats : étude de cas sur les groupes armés en Afrique subsaharienne

    Ces outils ont permis de générer un premier aperçu de la situation sécuritaire dans une partie du Sahel pour les premiers mois de l’année 2026.

    La région connaît une crise qui ne cesse de croître (UNOCHA 2026), marquée entre autres par la violence, les conflits et l’instabilité politique, plongeant des millions de personnes dans des situations de vulnérabilité et d’insécurité.

    En effet, l’Afrique subsaharienne, et plus particulièrement le Sahel, est devenue au cours de la dernière décennie un des épicentres du terrorisme (IEP 2026). En 2025, la région réunissait plus de la moitié des décès liés au terrorisme (UN 2025) et hébergeait les deux organisations terroristes les plus meurtrières, l’Etat islamique (via ses filiales ISWAP et ISSP) et le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM).

    Ainsi, la figure 4 synthétise la distribution des victimes survenues à la suite d’événements violents, au Sahel central et dans les pays avoisinants entre le 1er janvier 2026 et le 15 mai 2026. La taille des ronds dépend du nombre de tués, par localité. Le chevauchement des symboles peut cependant constituer un obstacle à l’analyse, une partie de l’information étant masquée. Grâce à l’ajout d’un effet de style, les symboles superposés deviennent plus foncés, permettant une représentation efficace de la densité malgré la superposition des entités.

    Figure 4. Nombre de victimes ayant succombé dans des événements violents au Sahel en 2026 (cartographie Cléa Péculier, source ACLED).

    La figure 5 dépeint les zones d’action de quatre groupes d’acteurs prédéfinis au préalable par l’analyste, au Sahel central et dans les pays avoisinants, entre le 1er janvier 2026 et le 15 mai 2026. Chaque acteur est représenté par une couleur : si une maille de la grille est d’une seule couleur, cela signifie qu’un seul de ces quatre acteurs a été impliqué dans des événements sur ce territoire ; si elle est hachurée de deux couleurs différentes, alors deux de ces quatre acteurs ont participé à des événements violents à cet endroit-là. Les cases grises indiquent des zones ayant connu ce même type d’événements durant cette période, mais lors desquels aucun des quatre acteurs mis en avant n’a été impliqué.

    Figure 5. Distribution des acteurs ayant mené des actions violentes au Sahel en 2026 (cartographie Cléa Péculier, source ACLED).

    Conclusion et perspectives

    Pourquoi présenter ces outils ? Car ils sont pratiques, opérationnels et leur ergonomie en font des outils du quotidien pour les ingénieurs impliqués dans les applications sécuritaires du SERTIT. Se doter de nouveaux outils, c’est s’assurer de disposer d’une palette de capacités “sur étagère”, réactives, en maîtrise des sources et traitements.

    Comme nous le rappelle régulièrement l’actualité internationale, les enjeux sécuritaires sont mouvants et multiformes (WEF 2026). Il faut donc être paré à couvrir ces nouvelles modalités en maintenant le caractère évolutif de ces chaînes. L’une des évolutions envisagées serait donc de compléter l’analyse spatio-temporelle via SIG (système d’information géographique) en renforçant les modules statistiques. L’objectif serait ainsi de faire échanger plus en profondeur l’analyse géographique en regard de graphiques, dans la lignée de nombreux travaux thématiques d’infographistes et de journalistes.


    Article de Cléa Péculier et Hugo Regad.

    03 juillet 2026


    Bibliographie

    Crisis Group 2024. Collectif, Africa Briefing N°196, Crisis Group, 28/03/2024, https://www.crisisgroup.org/fr/brf/africa/west-africa/nigeria/b196-jas-vs-iswap-war-boko-haram-splinters

    Gaillard 2022. L. Gaillard, OSINT : le nouveau champ de bataille de l’information de source libre, Conflits, 21/10/2022, https://www.revueconflits.com/osint-le-nouveau-champ-de-bataille-de-linformation-de-source-libre/

    IEP 2026. Collectif, Global Terrorism Index 2026: Measuring the impact of terrorism, IEP, 01/03/2026, https://www.economicsandpeace.org/wp-content/uploads/2026/03/Global-Terrorism-Index-2026-Report.pdf

    Kostika 2026. E. Kostika, Sudan, the black hole of journalism, 04/02/2026, IMEDD,  https://lab.imedd.org/en/sudan-the-black-hole-of-journalism/

    UN 2025. Collectif, L’Afrique, « épicentre du terrorisme mondial », ONU Info, 21/01/2025, https://news.un.org/fr/story/2025/01/1152321

    UNOCHA 2026. Collectif, Sahel Dashboard – Humanitarian Overview (As of 29 April 2026), UNOCHA, 06/05/2026, https://www.unocha.org/publications/report/burkina-faso/sahel-dashboard-humanitarian-overview-29-april-2026

    WEF 2026. M. Elsner, G. Atkinson, S. Zahidi, Global Risks Perception Survey, 2026, https://reports.weforum.org/docs/WEF_Global_Risks_Report_2026.pdf